23 rue des trois rois - 13006 marseille - ASSOCIATION LOI 1901
THEATRE
MUSIQUE
CHANT
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THEATRE DU CARRE ROND
23 rue des trois rois 13006 marseille
Licence spectacles 1-1068436
Direction: Michel ADJRIOU / Dominique LAMOUR
Métro:ND du Mont Cours Julien
Parking: Cours Julien/La Plaine
Bar Salle Climatisée
Tel 06.11.29.25.05
 plan

 
twitter: @lecarrerond


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LA REVUE MARSEILLAISE à propos de MANHATTAN MEDEA

Manhattan Medea, dernière!
En cette veille de second tour des élections présidentielles, le petit théâtre de la rue des trois rois, le Carré Rond, proposait au public marseillais la reprise pour la dernière fois de Manhattan Medea, une réécriture par Léa Doher dans le Manhattan d’aujourd’hui du mythe tragique de Médée et Jason.

Ici, point de Jason victorieux et digne ; Jason n’est qu’un petit dealer voleur de fortune sans envergure– seul son charme réussit à attirer les riches pucelles en son sein dont la fille de Sweatshop boss qu’il est sur le point d’épouser. Médée, quant à elle, est certes une sans papier, junkie, voleuse… mais elle est avant tout cette femme amoureuse folle jusqu’au meurtre d’un homme qui ne sut pas l’aimer, une amante devenue par amour et blessure une sorcière fratricide et infanticide. Nous sommes devant la demeure de la pucelle, un laquais répondant au nom de Velázquez (Olivier Chapus fort convainquant dans son rôle), imitateur du peintre avec lequel il partage le nom, observe une femme et lui raconte contre un peu d’argent la vie des habitants de la maison dont il garde la porte jusqu'à ce qu’il découvre l’identité de la femme.

C’est Médée, venue espionner Jason (Raphael Gimenez dont le jeu manque hélas de corps), s’assurer de son possible retour ou de sa cruelle trahison. Devant cette porte cossue symbolisée par deux poteaux rouge vif, Médée rencontrera Jason, Deaf Daisy – une travestie fort bien incarnée par Michel Adjriou- et l’implacable et lucide Sweatboss sur son fauteuil roulant, sous les traits de Dominique Lamour. Ce dernier signe une mise en scène sobre et toute en retenue, laissant filtrer en crescendo une montée en puissance de la tragédie au fil d’un récit qui s’enfonce dans le glauque et les bas fonds avec une violence symbolique inouïe. Il est remarquable que l’adaptation de Dominique Lamour ne tombe pas dans la vulgarité ; Médée la trainée reste digne dans sa douleur vengeresse : Emilie Bruna confère profondeur et subtilité au personnage, évitant de tomber dans une interprétation manichéiste.

Hélas, la mise en scène perd de sa fluidité avec la projection trop systématique à chaque fin de scène d’un ange de la mort répétant un morceau de guitare lancinant : néanmoins, l’image en elle-même est fort intéressante et le dialogue final entre le personnage à la guitare et l’enfant projetés sur le fond de scène est très judicieux. La scène finale de ce drame de la passion destructrice glace les sangs mais elle nous rappelle l’Antigone d’Anouilh et tant d’autres personnages au cruel destin.

Cette adaptation mesurée et toute en simplicité de la réécriture de Médée prend tout son sens à notre époque où l’argent règne en maitre et bouleverse les rapports sociaux des uns et des autres, entre nouveaux riches et aspirants nouveaux riches, exclus et paumés en tout genre, dans une société qui piétine les plus faibles sans vergogne et les voue à la mort. DVDM